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Evénements et actualités

Le cinéma comme lieu de mémoire : première mondiale des films de Yad Vashem

Dimanche 22 mars au Cinéma Blazac, sur les Champs Elysées, un public nombreux était venu soutenir Yad Vashem et le Festival du cinéma israélien de Paris. Près de cinq cent personnes ont pu assister à une soirée exceptionnelle en présence de Monsieur Daniel Shek, Ambassadeur d’Israël en France : la présentation en Première mondiale de l’œuvre cinématographique du musée de Yad Vashem et la projection d’Adam ressuscité, un film de Paul Schrader, tiré du roman de Yoram Kaniuk, "Adam Ben Kelev", avec Jeff Goldblum, Willem Defoe et Hana Laslo, en avant première du Festival du cinéma israélien.

C’était la première fois que le public pouvait découvrir, hors du contexte habituel du Musée d’Histoire de la Shoah de Jérusalem, la conception muséologique et filmographique qui souligne la force du cinéma dans la formation d’une mémoire historique pour les jeunes générations ; une création cinématographique unique en son genre ! Les visages et les voix des témoins, entremêlés de documents d’époque audio-visuels rares et inédits, s’adressent directement à ceux qui n’ont pas connu la Shoah mais sont désormais les porteurs de cette mémoire.

Mesdames Naomi Schrori, productrice et réalisatrice des films de Yad Vashem, Liat Benhabib, Directrice du Centre Visuel de Yad Vashem et Hana Laslo, actrice israélienne de renommée internationale, ont présenté les œuvres qui furent projetées au cours de la soirée. Les bénéfices de cet événement seront consacrés aux activités de Yad Vashem et au soutien de la diffusion du cinéma israélien dans le monde. A l’heure où l’antisémitisme et le négationnisme refont surface, la solidarité et le soutien de tous nos amis de France nous ont vivement réconfortés.

Miry Gross, Directrice des Relations avec les pays francophones pour Yad Vashem, Paul Schaffer, le nouveau Président du Comité Français pour Yad Vashem et Charlie Zrihen, Directeur du Festival du cinéma israélien ont accueilli leurs invités parmi lesquels on comptait les nombreux fidèles, toujours dévoués à la cause de la mémoire, mais également la jeune génération pour qui le cinéma est le meilleur moyen de transmettre cette mémoire à l’avenir. La réussite de cette soirée est à mettre au crédit de tous ceux qui se sont si généreusement dépensés pour sa promotion, notamment Mesdames Anick Jibert, Nicole Krammer et Hélène Shouman, et toute l’équipe du Comité Français pour Yad Vashem dirigée de main de maître par sa nouvelle Secrétaire Générale, Claudine Calo. "Baptême" réussi pour la nouvelle équipe qui se prépare déjà à mobiliser tous nos amis en France, dès la rentrée prochaine.


Yom Hashoah 2009
Ils s’appelaient Moshé, Méir, Yurek …

Lundi 20 avril, à 20 heures, sur la Place du Ghetto de Varsovie de Yad Vashem à Jérusalem, 3.000 personnes assistaient à la traditionnelle cérémonie d’ouverture du Yom Hashoah. Cette soirée, emplie d’une grande émotion, fut bercée par les chants traditionnels du monde juif, merveilleusement interprétés par la jeune chanteuse israélienne de renommée mondiale, Ahinoham Nini, et un trio de violonistes virtuoses dont le plus jeune était à peine âgé de cinq ans. Le thème des enfants dans la Shoah était au centre de ces commémorations et les six rescapés qui allumèrent les torches du souvenir, étaient eux-mêmes enfants pendant la Shoah. Beaucoup d’émotion, donc, pour cette cérémonie d’ouverture à laquelle, quelques-uns de nos amis de France et de Belgique avait tenu à assister, faisant spécialement le déplacement.

Monsieur Benjamin Natanyahou, Premier ministre de l’Etat d’Israël, ouvrit la soirée, et commença ainsi son discours : « Il y a quelques jours, juste avant Pessah’, est décédé un héros du peuple juif : David Plonski ; plus connu sous le nom de Yurek, le vendeur de cigarettes de la place des Trois Croix de Varsovie. Quand le ghetto a été construit, il n’avait que 14 ans. Mais en une seule nuit, il est passé de l’enfance à l’âge adulte, avec la responsabilité d’approvisionner le ghetto en nourriture, mettant, quotidiennement, sa vie en danger. Malgré tout il a survécu, et fit son Alyah en Eretz Israël et participa à la guerre d’indépendance. Plus tard, il fonda une famille et s’installa au kibboutz Meguido. Lors de la guerre de Kippour, il perdit son fils, Eithan. Il trouva néanmoins la force de surmonter cette épreuve, et continua de vivre, de construire et de transmettre son histoire à des milliers de jeunes. Cette histoire reflète celle du peuple juif : une histoire de souffrance, d’héroïsme, de construction et de renaissance. Yurek réussit à s’en sortir, mais plus d’un million et demi d’enfants Juifs n’ont pas survécu et furent assassiné dans la Shoah. La plupart d’entre-deux ne nous ont laissé ni leur nom, ni même le souvenir de leur existence.»

Israel-Meir Lau avait cinq ans lorsque les Allemands sont entrés dans son village de Piotrokov. « Je me rappelle jusqu’à aujourd’hui et je peux même en sentir le gout dans ma bouche… Je n’avais que cinq ans lorsque nous habitions la rue Jeruslinska à Piotrokov, dans une mansarde. Les Allemands sont rentrés dans l’immeuble pour chercher les derniers Juifs qui se cachaient… C’était la dernière rafle… Maman qui prévoyait ce moment me remplissait la bouche de gâteaux au miel pour que je ne puisse pas même articuler un mot, pas même dire maman, et surtout ne pas pleurer. Il me semble qu’à ce moment là, peut-être me suis-je imaginé cela après coup, j’ai regardé maman dans les yeux comme pour lui dire : tu sais, maman, c’est inutile, j’ai très bien compris ce qui passe… ». Tout de suite après la guerre, le jeune garçon est monté en Israël avec son frère Naftali, seuls survivants de sa famille. Israël-Méir Lau est aujourd’hui le Président du Comité Internationale de Yad Vashem et Grand Rabin de Tel Aviv, après avoir été Grand Rabbin d’Israël. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, les vrais héros de cette tragédie furent avant tout les enfants.

Pour le Président de l’Etat d’Israël, la haine qui toucha le peuple juif il y a plus de soixante ans n’est malheureusement pas éteinte totalement : « Six millions de Juifs ont été assassinés par les nazis et leurs complices, tout simplement à cause de leur origine juive. Parmi eux, un million et demi d'enfants visés par la destruction du peuple juif. Ils s’appelaient Moshé, Avraham, Rivka et ne connaissaient pas même la signification de leur nom. Une Juifs sur trois a été assassiné au cours de ces six années sanglantes. Chaque victime était un être humain avec tout son avenir devant lui. Mais la machine d'extermination nazie fut implacable et commit un génocide sans précédent dans l’histoire.

L’État d'Israël est une victoire historique sur le nazisme qui fut finalement vaincu, mais l’antisémitisme lui a survécu et son poison est encore actif sous la forme du négationnisme et de la haine au non d’une supposée supériorité raciale. Aujourd’hui même, s’ouvre à Genève, une conférence internationales sous l’égide de l’ONU dans laquelle, le principal orateur, le Président iranien Ahmadinadjad, nie la Shoah et appelle à la destruction d’Israël ». Comme on le voit, les leçons de la Shoah sont encore loin d’être totalement claires pour tout le monde. La mission de Yad Vashem en Israël et à travers le monde n’en est que plus indispensable.

Les enfants dans la Shoah

Le thème central de la Journée du Souvenir des victimes et des héros de la Shoah (Yom Hashoah) pour l’année 2009 fut celui des enfants au cœur de la tourmente. Environ 1,5 millions d'enfants ont été assassinés dans la Shoah. Depuis l'arrivée au pouvoir des nazis, les enfants juifs ont fait connaissance avec une nouvelle forme de cruauté, d'abord en Allemagne, puis au fur et à mesure de la Seconde Guerre mondiale, dans tous les pays alliés des nazis ou conquis par l’Allemagne. Les parents et les familles de ces enfants n'ont pas été en mesure de leur accorder la sécurité et la protection si nécessaire à cet âge. Les enfants juifs ont été séparés de leurs camarades non-juifs, expulsés des écoles publiques. Ils ont vu leurs parents perdre leurs droits de citoyens et furent les témoins de la destruction de l'unité familiale confrontée à l’abîme du désespoir.

Avec la poursuite de la guerre et l’aggravation de la politique antijuive des nazis, la souffrance des enfants juifs a augmenté : nombre d’entre eux furent voués à l'horrible souffrance de l’existence dans les ghettos - le froid, la famine et une multitude de maladies mortelles. Livrés à eux-mêmes et coupés du monde, les enfants juifs vécurent dans l'ombre de la terreur et de la violence la plus extrême. Dans un univers où la contrebande était au centre de la survie, ils furent souvent contraints d'assumer le rôle de soutien de famille, fournissant seuls la nourriture de leurs proches.

Quand les déportations vers les camps d'extermination ont commencé, un gouffre s’est ouvert dans la vie des enfants juifs. Partout en Europe occupée par les nazis, ils ont dû fuir et se cacher, séparés de leurs parents et de leurs proches. Certains d'entre eux ont trouvé refuge chez d’honnêtes gens qui refusaient de rester passifs et prirent le risque de les cacher, certains ont été cachés dans des couvents et des monastères ou des écoles, d'autres ont été contraints d'errer de forêts en villages, chassant pour leur nourriture quotidienne comme des animaux sauvages et ne comptant que sur leur ingéniosité et leur courage pour survivre. Beaucoup furent réduit à vivre sous des identités d’emprunt, avec la nostalgie de leur foyer perdu. Pourtant, les enfants de la Shoah demeuraient des enfants, désirant par dessus tout l’amour de leur entourage ; là où ils se trouvaient - dans les ghettos et dans la clandestinité - ils n’ont pas renoncé, par moments, à jouer comme les autres enfants.

À la fin de la guerre, un nouveau chapitre commença pour eux, partagé entre l’espoir de la vie retrouvée et la douleur d’un monde intime à jamais disparu. Beaucoup d'enfants ont perdu leur famille et leur patrimoine juif pour toujours. Pour d'autres, la fin de la guerre a marqué le début d’un retour à leur condition d’avant guerre, à l’issu d'un processus plein de difficultés et de tourments. Très lentement, ils sont sortis de la clandestinité et ont commencé le long et douloureux processus de réadaptation. Malgré les cicatrices, ils ont tenté de reconstruire leur vie.


"Kaddish" de Léonard Berstein et Samuel Pisar"

En présence du Président de l’Etat d’Israël, Monsieur Shimon Peres, Yad Vashem a accueilli sur la place du Ghetto de Varsovie du Mont du Souvenir, le 1er juin dernier, un concert unique de l’orchestre philarmonique d’Israël. Dirigé par le Maestro John Axelrod et lu par Samuel Pisar en personne, l’œuvre se compose d’une partie musicale – la Symphonie numéro 3 de Léonard Berstein – et d’une partie narrative – Dialogue avec Dieu de Samuel Pisar.

Léonard Bernstein avait créé sa monumentale symphonie numéro 3 "Kaddish", en 1963 à Tel Aviv, mais c’est seulement en l’an 2001 que Samuel Pisar en écrivit le livret et en 2003 que l’œuvre fut présentée pour la première fois à Chicago, sous la direction de John Axelrod. Depuis, elle a été jouée plusieurs fois lors de festivals internationaux mais jamais le rêve de Samuel Pisar n’avait pu se réaliser : faire entendre les chœurs, la voix et les instruments de ce "Kaddish" à Jérusalem, à Yad Vashem, au cœur même de la mémoire juive de la Shoah.

"Il n’y a aucun endroit plus approprié qu’ici, à Jérusalem, pour ce concert exceptionnel" déclarera le Président de l’Etat, Shimon Peres : "se souvenir avec la douleur et espérer avec foi, a toujours été, et demeure, le destin de notre peuple". Pour Samuel Pisar, dont la voix chaude et profonde constitue l’instrument central de cette symphonie "à ce moment, je sens que c’est pour ma grand-mère, pour ma famille et pour mon peuple que je dis le Kaddish ".

Samuel Pisar avait 10 ans lors de l’invasion de la Pologne. Déporté à Auschwitz puis Dachau, il est l’unique rescapé de sa famille à la fin de la guerre ; il n’a que 16 ans. Après des études de droits en France, en Australie et aux Etats-Unis, il commence une carrière d’avocat international en travaillant pour l’Organisation des Nations Unies. Parallèlement à ses activités professionnelles, il mène un combat acharné pour préserver la mémoire de la Shoah et lutter contre la violence et la dictature qui n’ont malheureusement pas disparu avec la fin de la guerre. Ses mémoires de déportation, "Le sang de l’espoir", sont traduites en vingt langues, faisant de lui un des grands témoins de la Shoah. Il crée à Paris le Comité Français pour Yad vashem dont il reste le Président d’honneur et milite également aux côtés de Mikis Theodorakis en Grèce et Andrei Sakharov ou Alexandre Soljenitsyn en ex-URSS."

… Ainsi, ô grand Dieu d’Abraham,
C’est avec respect
Pour les croyances de tous,
Et sans malice aucune,
Que je me prosterne vers Jérusalem, l’éternelle,
Ses synagogues, ses églises, ses mosquées,
Son mur des lamentations
Et son mémorial de Yad Vashem
-Le mémorial sacré des martyrs innocents
Et des héros de la Shoah"-
Pour te chanter ma fervente prière d’espoir
Puisée dans des torrents de sang.
Renouvelle tes liens avec nous, Seigneur.
Guide-nous sur le chemin de la réconciliation,
De la tolérance et de la paix,
Sur cette petite planète, fragile et divisée,
Notre maison à tous.
Amen ! Amen ! Amen !!!


Concert à l’Unesco

Pour son dixième anniversaire, l’APAC, Association pour la promotion de l’Art Cantorial (‘Hazanout) présidée par le Cantor Raphael Cohen, avait choisi de dédier sa soirée de gala annuelle à l’action éducative de Yad Vashem. Le lundi 29 juin dernier, c’est dans une salle comble de 1400 personnes, et dans le décor somptueux de la maison de l’Unesco que le concert débuta sous le parrainage de l’Ambassadeur d’Israël auprès de l’Unesco, son excellence Monsieur David Kornbluth. En ouverture, Monsieur Daniel Sandler, porte parole de l’APAC, accueillait dans un hébreu très honorable, les représentants israéliens de Yad Vashem venus de Jérusalem spécialement pour cette soirée : Avner Shalev, Président du Comité Directeur de Yad Vashem, Shaya Ben Yéhouda, Directeur des Relations internationales et Miry Gross, Directrice des Relations avec les pays francophones.

La ‘Hazanout représentait un aspect important de la culture juive, notamment dans les communautés d’Europe fortement touchées par la Shoah, et c’est une façon de raviver la présence de ce monde disparu que d’entendre les prières chantées selon les airs traditionnels de l’art cantorial le plus pur. Pourtant, à voir l’engouement du public et l’intérêt des jeunes talents qui relèvent le flambeau, il ne s’agit pas seulement d’une nostalgie. Avant la seconde Guerre mondiale, la ‘Hazanout était au sommet de son perfectionnement, exprimant ce qu’il y avait de plus noble et de plus sublime dans l’âme juive, mêlant mélodies traditionnelles, accents ‘Hassidiques et musique Kleizmer. Presque étouffée par les flammes de la haine nazie, la voix de la ‘Hazanout refleurit aujourd’hui en Israël et en Amérique. C’est pourquoi, l’initiative de l’APAC représente un symbole de la continuité juive et s’associe tout à fait à la politique éducative de Yad Vashem en matière de transmission.

En milieu de soirée, le public a pu découvrir un film présentant les différents domaines d’activité de Yad Vashem à Jérusalem et se rendre compte ainsi de l’importance du travail éducatif réalisé. La centralité de Yad Vashem dans le travail de mémoire et de sensibilisation des jeunes générations n’est pas toujours comprise par ceux qui ne se sont jamais rendu sur place. Les milliers d’étudiants, lycéens et jeunes soldats qui suivent chaque semaine les différents programmes éducatifs parlent d’eux-mêmes lorsque l’on vient visiter le site ou le musée de Yad Vashem. Ce court film aura eu le mérite de donner un aperçu à ceux qui ne connaissaient pas encore notre travail. Une collecte fut organisée à l’issue de la soirée. Il faut remercier grandement la mobilisation et le dévouement de tous les membres de l’APAC qui firent de cette soirée une réussite, mais également nos amis de France et tous les membres du Comité Français pour Yad Vashem.


Thème du Yom Hashoah 2009 : "Les enfants dans la Shoah"

"Les enfants dans la Shoah " est thème central de la Journée du Souvenir des victimes et des héros de la Shoah (Yom Hashoah) pour l’année 2009. Environ 1,5 millions d'enfants ont été assassinés dans la Shoah. Depuis l'arrivée au pouvoir des nazis, les enfants juifs ont fait connaissance avec une nouvelle forme de cruauté à l’état pur, d'abord en Allemagne, puis au fur et à mesure de la Seconde Guerre mondiale, dans tous les pays alliés des nazis ou conquis par l’Allemagne. Les parents et les familles de ces enfants n'ont pas été en mesure de leur accorder la sécurité et la protection si nécessaire à cet âge. Les enfants juifs ont été séparés de leurs camarades non-juifs, expulsés des écoles publiques. Ils ont vu leurs parents perdre leurs droits de citoyens et furent les témoins de la destruction de l'unité familiale confrontée à l’abîme du désespoir.

Avec la poursuite de la guerre et l’aggravation de la politique antijuive des nazis, la souffrance des enfants juifs a augmenté : nombre d’entre eux furent voués à l'horrible souffrance de l’existence dans les ghettos - le froid, la famine et une multitude de maladies mortelles. Livrés à eux-mêmes et coupés du monde, les enfants juifs vécurent dans l'ombre de la terreur et de la violence la plus extrême. Dans un univers où la contrebande était au centre de la survie, ils furent souvent contraints d'assumer le rôle de soutien de famille, fournissant seuls la nourriture de leurs proches.

Quand les déportations vers les camps d'extermination ont commencé, un gouffre s’est ouvert dans la vie des enfants juifs. Partout en Europe occupée par les nazis, ils ont dû fuir et se cacher, séparés de leurs parents et de leurs proches. Certains d'entre eux ont trouvé refuge chez d’honnêtes gens dont la conscience leur interdisait de rester passifs, certains ont été cachés dans des couvents et des monastères ou des écoles, d'autres ont été contraints d'errer de forêts en villages, chassant pour leur nourriture quotidienne comme des animaux sauvages et ne comptant que sur leur ingéniosité et leur courage pour survivre. Beaucoup furent réduit à vivre sous des identités d’emprunt, avec la nostalgie de leur foyer perdu.

Pourtant, les enfants de la Shoah demeuraient des enfants, désirant par dessus tout l’amour de leur entourage ; là où ils se trouvaient - dans les ghettos et dans la clandestinité - ils n’ont pas renoncé, par moments, à jouer comme les autres enfants. Bien sûr, tous les enfants juifs n’ont pas eu la chance de trouver un lieu de refuge, et plusieurs dizaines de milliers furent capturés et envoyés aux camps de la mort et devinrent les premières victimes de la machine exterminatrice nazie.

À la fin de la guerre, un nouveau chapitre commença pour eux, partagé entre l’espoir de la vie retrouvée et de douleur d’un monde intime à jamais disparu. Beaucoup d'enfants ont perdu leur famille et leur patrimoine juif pour toujours. Pour d'autres, la fin de la guerre a marqué le début d’un retour à leur condition d’avant guerre, à l’issu d'un processus plein de difficultés et de tourments. Très lentement, ils sont sortis de la clandestinité et ont commencé le long et douloureux processus de réadaptation. Malgré les cicatrices, ils ont tenté de reconstruire leur vie.


Les enfants français dans la Shoah Préface de l'auteur par Serge Klarsfeld, Paris, Juin 1996

Plus de 50 ans se sont écoulés depuis l'assassinat de ces beaux enfants - car ils sont tous beaux à mes yeux - qui ont joué dans les rues de Paris, Marseille, Lyon, Nice, et d'autres villes et villages français que vous connaissez. Il a fallu si longtemps pour beaucoup de gens, en France, avant de faire face à ce que vécurent ces enfants de nos quartiers, de nos villes et nos villages. Peut-être est-il temps de partager cette mémoire sur les terribles événements du passé et de connaître ce que fut le destin de certaines des jeunes victimes, arrêtés dans les rues que vous aurez peut-être l’occasion d’emprunter si vous visiter la France.

Ce livre est né d’une obsession qui ne cesse de m’habiter : être sûr que ces enfants ne seront pas oubliés.

Il y a vingt ans, lors de la reconstitution des listes des convois de Juifs déportés de France vers les camps de la mort, j'ai constaté que certains des enfants de déportés n’ont pas été nommément inscrits - trop jeunes pour pouvoir indiquer leur nom - et j'ai senti une profonde honte qu'ils soient mort dans l’anonymat le plus complet. Au début, j'étais avide de connaître tous les noms et de découvrir tous les lieux où ils vivaient, puis ce sont leurs visages que j'ai eu l'obsession de connaître. Après des années de recherche auprès des survivants français, d’annonce dans les journaux juifs et d’appels à la radio en France, en Israël, en Amérique, et dans d'autres pays, j'ai pu retrouver les photos de plus de 2500 de ces enfants oubliés. Après 50 ans, on peut voir leurs visages dans les pages de ce livre.

J'ai moi-même été un enfant juif chassé par la Gestapo. L’officier nazi Aloïs Brunner, arrêta mon père à Nice, le 30 Septembre 1943, mais ne put mettre la main sur ma mère, ma sœur et moi qui étions cachés dans le double fond d’un placard de notre appartement. Nous étions de nationalité roumaine, et si nous étions restés à Paris, nous aurions été arrêtés, un an plus tôt, dans la grande rafle de Juifs roumains par la police française dans les premières heures du matin du 24 Septembre 1942. Nous aurions alors été déportés le 25 Septembre par le convoi 37 à destination d’Auschwitz, et gazés le 27 Septembre, à notre arrivée au camp, 72 heures après notre arrestation.

Brunner a dirigé les arrestations des juifs de Nice, préférant travailler avec sa propre équipe de SS autrichiens plutôt que d'utiliser la police française, que, de ce fait, je n'ai jamais craint. Il a été l'homme de la Gestapo qui nous faisait trembler à chaque instant et auquel nous avons pu échapper. De Novembre 1942 à Septembre 1943, les juifs vivant dans la zone d'occupation italienne, comme c’était notre cas, ont pu vivre dans une oasis de tolérance, protégés par l'armée italienne, avec l'appui des diplomates italiens. Les Italiens ont empêché, parfois par la force, les autorités militaires allemandes et la police de Vichy d’effectuer l'arrestation des Juifs de la région. Je savais alors que je n’avais rien à craindre de la police française. Mais, lorsque le SS Brunner fit irruption dans notre immeuble de Nice, j’ai entendu depuis notre cachette, les coups portés contre nos amis et voisins, et j'entends encore le père de mon ami crier : "Au secours ! Aidez-nous! Appelez la police française ! A l’aide ! Nous sommes français ! A l’aide ! A l’aide !"...

Je voulais écrire un livre pour enfants qui serait une contribution originale à la littérature sur la Shoah. Je crois que cela a été fait en réunissant les noms des enfants, des renseignements personnels, les lieux, les adresses au moment de leur arrestation ainsi que leurs visages. Nous avons été en mesure de publier et documenter dans ce livre, les visages de plus de 2500 de ces enfants.

Ce monument à la mémoire des enfants vient du plus profond de mon cœur et d’un important travail de documentation, ainsi que mes relations personnelles avec les rescapés ayant perdus des enfants dans la Shoah. Je n’ai pu, comme je l’aurais voulu, écrire un livre de 11.000 pages avec 11.000 visages, mais ce travail, tel qu'il existe, représente néanmoins l'aboutissement de plus de 20 ans d'engagement militant. Pour que ce Mémorial des enfants juifs déportés de France voit le jour, il a fallu que je vive ce que j’ai vécu pendant mon enfance, et que je réalise ce que j’ai fait dans ma vie d’adulte. Je publie ce livre en espérant qu'il contribuera à lutter contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie. 


Présentation de Serge Klarsfeld

Serge Klarsfeld, éminent avocat et auteur français, né à Bucarest en 1935, vécu en France la seconde guerre mondiale. En 1943, son père est arrêté par les SS à Nice et déportés vers le camp de concentration d'Auschwitz, où il mourut. Le jeune Serge se retrouve dans un foyer pour enfants juifs de l'organisation OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) ; sa mère et sa sœur ont survécu à la guerre dans la France de Vichy, aidées par la Résistance française.

Serge Klarsfeld a publié des documents fondamentaux sur les convois de déportation des Juifs de France vers les camps de concentration à partir de 1942.

Klarsfeld a publié plus d'une douzaine de livres sur le sort des Juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale et a contribué à l’arrestation de fonctionnaires nazis et de collaborateurs français afin qu’ils soient jugés. Il a travaillé sur de nombreuses affaires judiciaires contre les criminels nazis ayant opéré en France. Il a révélé au public français les crimes de Vichy et est considéré comme une source d'inspiration pour le Président Jacques Chirac lors de sa déclaration reconnaissant officiellement la responsabilité de la France dans les actions liées à la Shoah commis sur le territoire français pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il est président de l'organisation, "les Fils et Filles des Déportés Juifs de France" et Vice président de la "Fondation pour la Mémoire de la Shoah".

Serge Klarsfeld a rassemblé une étonnante documentation qui restitue à la mémoire des lecteurs contemporains le destin des 2500 enfants livrés par le gouvernement de Vichy aux autorités allemandes et déportés vers les camps de la mort. Son Mémorial des enfants juifs déportés de France contient une photo de chaque enfant et un court paragraphe mentionnant son lieu de naissance, des informations sur sa famille et les circonstances de son arrestation.

Sur la base de ce travail, une exposition, des enfants juifs déportés de France a été exposée de 2004 à 2006 dans les principales gares de chemin de fer de France, puis dans diverses villes allemandes.

On pourra trouver une présentation du travail de mémoire réalisé par Serge Klarsfeld rédigé par son auteur, sur le site : http://ffdjf.org/brochure_ffdjf_paris.pdf

Le texte qui suit est un extrait de sa préface de l’édition en anglais de son Mémorial des enfants juifs déportés de France.  


Le Président de la République française Nicolas Sarkozy a honoré Yad Vashem le 25 octobre 2007 à l’Elysée

Légion d’Honneur : Le 25 octobre dernier, Monsieur Avner Shalev a été promu au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur, et décoré par Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République, lors d’une cérémonie privée à l’Elysée. C’est plus de cinquante ans de travail de mémoire, en Israël et à travers le monde, qui sont ainsi reconnus par les plus hautes autorités françaises. A cette occasion, un Dîner de Gala, au profit de Yad Vashem a été organisé à Paris, le 28 octobre dernier, pour nos amis de France.

Au son de la musique Kleizmer, en présence de hautes personnalités de France et d'Israël, lors de ce gala exceptionnel, un film a présenté toutes les réalisations actuelles et à venir de Yad Vashem au service de la transmission de la mémoire de la Shoah pour les futures générations.

Comme l'a si bien dit Nicolas Sarkozy lors de son discours d'investiture :

« J'ai changé quand j'ai visité le mémorial de Yad Vashem dédié aux victimes de la Shoah. (...) Je me suis dit alors que c'était cela la politique : faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle. »

Il a fallu un travail de plus de cinquante ans pour que la mémoire de la Shoah réalisé par Yad Vashem et d'autres organismes dans le monde, devienne une référence morale de paix et de tolérance pour les hommes et les femmes qui sont en charge de l'avenir de leur peuple dans la plupart des pays du monde.

Mais il faut continuer notre mission pour que le flambeau de la mémoire soit repris par la génération montante : c'est la garantie d'un avenir de paix et de tolérance, et c'est le devoir de chacun d'entre nous de soutenir ce défi.

Monsieur Avner Shalev, Président de Yad Vashem, et Madame Miry Gross, Directrice des relations avec les pays francophones, remercient tous leurs amis de France et de Belgique qui ont participé au Dîner de Gala du 28 octobre dernier et sont revenus à Jérusalem, fort du soutien de tous leurs amis de France qui furent depuis toujours les sentinelles de la mémoires de la Shoah ; hier, par fidélité à leurs disparus, aujourd'hui, par fidélité aux prochaines générations


Justes de France : de l’Elysée au Panthéon

Jeudi 18 janvier 2007, dans la crypte du Panthéon, le Président de la République, Monsieur Jacques Chirac, accompagné de Madame Simone Veil, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, réalisèrent un acte symbolique à portée historique en introduisant dans le Panthéon des grands hommes de l’histoire de France ceux qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie pendant la Shoah. Une plaque rappelle désormais l’action des Justes de France et permet d’immortaliser leur acte de courage.

Le 20 novembre dernier, Jacques Chirac avait annoncé son intention au Ministre de la Culture en ces termes : « Le mémorial Yad Vashem de Jérusalem décerne le titre de "Justes parmi les Nations" aux personnes ayant, pendant la Seconde Guerre mondiale, sauvé des juifs persécutés, au péril de leur vie. (…) Il est légitime aujourd’hui que la Nation rende hommage à tous ceux qui ont, avec la Résistance, incarné sur notre territoire l’honneur de la France et la fidélité aux idéaux républicains pendant l’Occupation ».

Le 16 juillet 1995, lors de la cérémonie commémorant la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, le Président Chirac avait entamé pour la première fois, cinquante ans après la libération, le premier acte de reconnaissance de la responsabilité de la France face à la persécution des Juifs pendant la Shoah. Désormais le travail de mémoire était impulsé au plus haut niveau de l’Etat donnant le jour en l’an 2000 à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah présidée par Madame Simone Veil. Parallèlement à la reconnaissance des responsabilités de Vichy, le rôle positif des Justes de France était également mis en avant. En février 2003, Yad Vashem était invité à l’Elysée pour remettre au Président le "Dictionnaire des Justes de France" et en juin 2006 le mur des Justes était inauguré dans le quartier du Marais à Paris, près du Mémorial de la Shoah. L’entrée des Justes au Panthéon s’inscrit dans ce travail de mémoire exemplaire qui doit se poursuivre, principalement en direction des écoles et des universités afin de faire de la mémoire de la Shoah un des fondements de la démocratie.

« Aujourd'hui, pour cet hommage de la Nation aux Justes de France, reconnus ou anonymes, nous sommes rassemblés pour évoquer notre passé, mais aussi pour enrichir notre présent et notre avenir. "Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier", dit le Talmud, devise qui d'ailleurs orne la médaille des Justes. Il faut en comprendre toute la force : en sauvant une personne, chaque Juste a, en quelque sorte, sauvé l'humanité. Cette mémoire, soyez-en certains, soyez-en fiers, elle perdurera de génération en génération. » Jacques Chirac.

« Aujourd'hui, pour cet hommage de la Nation aux Justes de France, reconnus ou anonymes, nous sommes rassemblés pour évoquer notre passé, mais aussi pour enrichir notre présent et notre avenir. "Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier", dit le Talmud, devise qui d'ailleurs orne la médaille des Justes. Il faut en comprendre toute la force : en sauvant une personne, chaque Juste a, en quelque sorte, sauvé l'humanité. Cette mémoire, soyez-en certains, soyez-en fiers, elle perdurera de génération en génération. » Jacques Chirac.

« Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l’Histoire. En réalité, ils l’ont écrite. De toutes les voix de la guerre, leurs voix étaient celles que l’on entendait le moins, à peine un murmure, qu’il fallait souvent solliciter. Il était temps que nous les entendions. Il était temps que nous leur exprimions notre reconnaissance. » Simone Veil.

 

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