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Des lumières dans la nuit de la Shoah
Les Justes de France 1940-1944
Unité éducative
“Puisse le bien qu’ils ont fait,
rappeler aux générations
présentes et à venir que, dans
une situation tragique, d’autres
attitudes que la résignation, la
veulerie ou la lâcheté sont
possibles”.
Denise Wimart,Juste parmi les Nations
Cette unité est destinée aux élèves de collège et de lycée. (elle peut être adaptée à
divers niveaux, en se focalisant autour de différentes parties de l’histoire .)
Durée de l’unité : 1h30.
Objectifs didactiques
- Se familiariser avec l’histoire de la France pendant la Shoah
- Comprendre grâce à différents témoignages la vie et le destin des juifs vivant dans la clandestinité
pendant la Shoah.
- Connaître multiples facettes de sauvetages
- Apprendre le dévouement et les actes remarquables des Justes parmi les nations, par l’intermédiaire
d’itinéraires particuliers d’individus qui ont aidé les Juifs en France pendant la Shoah.
- Mesurer l’importance de leurs actes
- Analyser les motivations des Justes parmi les nations qui ont aidé des Juifs à survivre pendant la
Shoah.
- Comparer et caractériser les différentes périodes de l’histoire de la France à cette période face
au sauvetage des juifs.
- Prendre conscience des questions touchant la responsabilité personnelle, les problèmes de conscience
et les dilemmes moraux concernant des décisions difficiles.
- Mettre en avant les valeurs démocratiques à partir des situations du passé.
Introduction
Cette unité est consacrée à des individus qui ont du prendre des décisions morales difficiles
pendant la Shoah. Ces personnes ont été reconnues par Yad Vashem qui leur a attribué le titre
de Juste des nations, du fait que ces hommes et ces femmes ont mis leur vie en danger pour
sauver des vies juives.
La Shoah a été l’événement historique qui a montré, à un degré extrême, la capacité de l’homme de détruire
et d’anéantir d’autres hommes. La culture européenne a complètement été bouleversée par la Shoah. Dans un
monde où règne la brutalité et la cruauté, et souvent aussi l’indifférence envers le besoin du prochain,
ces individus ont su montrer une attitude contraire. Ce fut une période de l’histoire où un peuple entier
aidé d’autres nations a entrepris, sur la base d’une idéologie raciste, une extermination totale du
peuple juif. La plupart des habitants européens de l’époque se sont laissés porter par les événements et
de ce fait ont collaboré de façon passive à cette extermination, car ils ne se posaient pas de
questions sur les évènements qui les entouraient.
En France, à la suite des mesures mises en place par le gouvernement de Vichy, qui ont fini par faciliter
la politique d’extermination menée par les nazis, les juifs ne pouvaient pas s’en sortir seuls, sans
aucune aide de l’extérieur. Dans beaucoup de cas, ils ont du leur salut à l’aide apportée par des
hommes et des femmes sous formes diverses et variées.
Les justes des nations ont agi malgré les dangers et se sont confrontés à des dilemmes moraux sans
trahir à leur conscience.
La coexistence de ces deux aspects opposés existant potentiellement dans l’être humain doit représenter
un avertissement constant en ce qui concerne nos choix éthiques et nos comportements dans la vie.
Il est important pour l’éducateur de travailler sur ce point avec les élèves, et de se servir de ce
programme pour faire ressortir la complexité des actes effectués par les Justes pendant la Shoah. Il
nous semble que le sujet de ce programme dépasse le cas particulier de la Shoah, et que nous étudions
un sujet qui se relie à toutes les époques historiques et à tous les peuples, que nous abordons un sujet
moral. Ce programme éducatif souligne un point important : la conscience de l’homme face aux dilemmes.
La Shoah a été un événement historique qui a permis à des hommes d’avoir des gestes de courage envers
leur prochain. Cette action de sauvetage a été discrète, sans ostentation et sans héroïsme affiché.
L’objectif de cette unité est d’approfondir nos connaissances sur des questions qui concernent les Justes
des nations et leurs actes pour sauver les juifs en France pendant la Shoah et d’analyser les efforts
remarquables qu’ont accompli ces personnes durant la seconde guerre mondiale. Le fait que la plupart des
pays d’Europe aient été occupés pendant la guerre et qu’aucun pays n’ait donné un asile politique aux
juifs, accentue la grandeur de leurs actes. Ces hommes ont non seulement mis leurs vies en danger mais
aussi celles de leurs familles, étant donné que la répression des autorités nazies s’abattait sur les
habitants et les familles qui abritaient des juifs. Tandis que des milliers de juifs étaient
persécutés et destinés à l’extermination, des individus ont DECIDE d’aider des juifs, de les cacher,
de les nourrir et de les protéger.
Des milliers de personnes ont risqué leur vie à travers l'Europe occupée pour sauver des juifs de la
persécution nazie. Ces hommes et ces femmes étaient des officiels, des membres du clergé, des chefs
d’entreprise, des diplomates ou de simples citoyens.
Leurs actions constituent des exemples exceptionnels de courage, de générosité, d’humanité et de
responsabilité individuelle.
Avant tout, pour pouvoir bien comprendre la motivation de ces gens qui mettaient leur vie en danger pour
en sauver une autre, il est indispensable de connaître le contexte historique et l’arrière plan des
événements permettant la persécution des Juifs en France pendant la guerre.
Lorsque nous travaillons sur un sujet dont l’étude porte sur ces hommes et ces femmes qui ont risqué
leur vie pour sauver celle de juifs, nous sommes amenés à nous poser un certain nombre de questions.
Tout d’abord, qui sont ces Justes au fond ? Des gens ordinaires ou bien des êtres hors du commun ? Se
ressemblent-ils ? Mais en tant qu’éducateur, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les raisons qui
les ont conduits à agir ainsi. Pourquoi des Français, catholiques comme protestants, pratiquants comme
laïques, républicains, communistes et même pétainistes, manuels et intellectuels, de toutes les couches
sociales, se sont-ils attelés au sauvetage de juifs dont beaucoup d’enfants en grande partie étrangers,
au péril de leur vie et de celle de leur famille ?
Les motivations des Justes parmi les Nations sont difficiles à déterminer. C’est pourquoi, pour comprendre
cette diversité, nous avons apporté différents exemples.
Depuis le début de sa création, Yad Vashem s’est donné pour mission de valoriser les gestes et les
actions de tous ceux qui dans le monde se sont comportés comme des sauveteurs.
Peut-être nommé juste des nations toute personne qui:
- A participé de façon active pour sauver un ou plusieurs Juifs de la menace de mort ou de
déportation vers un camp de concentration.
- A risqué sa vie, sa sécurité et sa liberté personnelles pour sauver un Juif.
- N’a recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l'aide apportée.
- A eu son action confirmée par des témoignages de ceux qui ont été sauvé par cette personne ou
de la documentation, établissant la nature du sauvetage et ses circonstances
Il s’agit aujourd’hui de plus de 22.000 personnes, des hommes et des femmes de toute l’Europe, qui
sauvèrent des Juifs innocents au péril de leur propre vie et qui ont été reconnus comme Justes des
Nations. Chaque année, des centaines de noms viennent s'ajouter à la liste. Cet effort de retrouver
et de valoriser les Justes est quelque chose d’unique dans le monde.
Enfin la dernière question qu’il faut se poser est : Quels enseignements pouvons-nous tirer de l'histoire
de la Shoah pour nos responsabilités aujourd'hui?
Notes pour l ‘enseignant - Mode d’emploi de l’unité :
Cette unité éducative est consacrée uniquement au cas de la France et des français.
Elle est agencée autour d’un axe chronologique, nous avons intégré des documents historiques et surtout
des histoires personnelles. C’est l’histoire singulière qui permet d’introduire les élèves dans la
grande histoire. Ces histoires singulières ouvrent l’horizon des élèves par l’imagination qu’elles
suscitent et l’identification qu’elles proposent, une identification à des personnes qui incarnent
des valeurs de courage et d’humanité.
Dans cette unité éducative, l’histoire de la Shoah en France a été divisée en quatre périodes. Chaque
période est représentée par quelques repères historiques et chronologiques essentiels.
Le contexte historique est indispensable pour bien comprendre quel était le climat de tension et
l’environnement géographique dans lequel vivaient non seulement les juifs eux-mêmes mais également
ceux qui leur sont venus en aide : les Justes parmi les Nations.
Après un bref aperçu historique de la période, nous avons présenté des documents de l’époque pour nous
baser sur des faits réels de l’histoire puis nous avons intégré le récit de Justes des Nations.
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Frise chronologique
1939: 1er septembre: Invasion de la Pologne
3 septembre: La France déclare la guerre à l’Allemagne
Début de la seconde guerre mondiale
1940:
Juin: La France est vaincue
Premières lois contre les juifs:
3 octobre: Statuts des Juifs par Vichy
4 octobre: le pouvoir d’intégrer « les étrangers de race juive » dans des camps spéciaux
1941:
14 mai: La rafle du « Billet vert », première rafle de juifs étrangers organisée par la Préfecture de
Police
2 juin: Second Statut des Juifs à Vichy
1942:
16-17 juillet: La rafle du Vel d’hiv
11 novembre: La totalité du territoire français sous contrôle Nazi, à l’exception de la zone italienne
1943:
8 septembre: Les Allemands envahissent la zone d’occupation italienne
1944:
25 août: Libération de Paris
Contexte historique
La France de la troisième république, mal préparée à la guerre, notamment sur le plan
psychologique, s’effondre militairement dès le lancement par Hitler de son offensive à l’Ouest,
le 10 mai 1940. Le 14 juin, Paris est occupée par l’armée allemande, dont la mission est de
"maintenir l'ordre" et "d'utiliser les ressources du pays pour les besoins de la Wehrmacht et de
l'économie de guerre allemande”.Le gouvernement français, réfugié dans le sud du territoire, doit
choisir entre deux options. La première, prônée par le chef du gouvernement, Paul Reynaud,
consiste à continuer la lutte contre l’ennemi au-delà des mers, en s’appuyant sur le vaste
empire colonial. La deuxième, proposée par le Maréchal Philippe Pétain, vice-président du
gouvernement et héros de la première guerre mondiale, consiste à rechercher auprès de l’ennemi
les conditions d’un Armistice qui mettrait fin aux combats. Pétain obtient le soutien de la
majorité des ministres et devient, par la même occasion, le nouveau chef du gouvernement. Le
22 juin 1940, l’Armistice rentre en application. Parmi ses principales clauses, la France est
divisée en deux entre une zone occupée, directement soumise à l’armée allemande, située au
nord et à l’ouest, et une zone non-occupée, au sud, directement placée sous l’autorité du
Maréchal Pétain[1]. La capitale de l’Etat français est déplacée à Vichy, qui se trouve à
proximité de la ligne de démarcation qui coupe la France en deux. Le gouvernement de Vichy
ne va pas seulement administrer la zone sud, mais va également continuer à gérer la
bureaucratie de la zone occupée, sous le contrôle des Allemands.
La France est vaincue. Plus de huit millions de personnes s'enfuient sur les routes avec de maigres
bagages, au cours d'un épisode qu'on appelle l'«Exode». Paris se vide en cinq jours. Les Français
sont en état de choc.
En demandant l’Armistice, le Maréchal Pétain permet le rétablissement de la vie quotidienne. Les
Français lui en sont grés, et il est soutenu dans les premiers mois par un vaste consensus populaire.
Mais le régime qu’il met en place n’est pas consensuel : c’est un gouvernement très à droite, avide
avant tout de prendre une revanche contre ceux qu’il considère comme les responsables de l’effondrement
national : la gauche, et particulièrement les communistes ; les étrangers, et avant tous les Juifs.
Textes et questions:
« ...Je survole donc des routes noires de l'interminable sirop qui n'en finit plus de couler. On
évacue dit-on, les populations. Ce n'est déjà plus vrai. Elles s'évacuent d'elles-mêmes. Il est une
contagion démente dans cet exode. Car où vont-ils, ces vagabonds ? Ils se mettent en marche vers
le Sud, comme s'il était, là-bas, des logements et des aliments, comme s'il était, là-bas, des
tendresses pour les accueillir. Mais il n'est, dans le Sud, que des villes pleines à craquer, où
l'on couche dans les hangars et dont les provisions s'épuisent. Où les plus généreux se font peu
à peu agressifs à cause de l'absurde de cette invasion qui, peu à peu, avec la lenteur d'un
fleuve de boue, les engloutit. Une seule province ne peut ni loger ni nourrir la France !... »
Saint-Exupéry Antoine, Pilote de guerre, Gallimard collection Folio, page 99.
© Editions GALLIMARD
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utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite ».
C'est l'alerte? Déjà, plus nerveuses, plus vives, les femmes étaient debout. Certaines, après avoir
fermé les fenêtres et les volets, se recouchaient. La veille, le lundi 3 juin, pour la première fois
depuis le commencement de cette guerre, des bombes étaient tombées à Paris; mais le peuple demeurait
calme. Cependant les nouvelles étaient mauvaises. On n'y croyait pas. On n'eût pas cru davantage à
l'annonce d'une victoire. 'On n'y comprend rien', disaient les gens. A la lumière d'une lampe de
poche on habillait les enfants. Les mères soulevaient à pleins bras les petits corps lourds et
tièdes: 'Viens, n'aie pas peur, ne pleure pas' C'est l'alerte.
Némirovsky Iréne, Suite française-Tempête en juin, Denoël, 2006, page 27..
D’après ces textes, qui décrivent l’exode des citoyens français en mai
– juin 1940 :
- Que ressent la population française au moment de l’invasion allemande ?
- Comment réagissent la plupart des citoyens et qu’attendent-ils du gouvernement ?
- Pendant l ‘occupation, les Allemands publièrent des affiches, des lois antisémites et des lois
contre la république française. Comment ces affiches influencent-elles l’opinion publique en France?

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La ligne de démarcation met des millions de Français dos à dos, victimes d'une multitude de
contraintes : interdictions de circuler, de s'écrire entre les deux zones; tracasseries administratives,
difficultés pour travailler, pour transférer des fonds, pour exercer la justice, pour enseigner, pour
prier ou encore pour aller enterrer ou marier un parent dans l'autre France.
- Décris la photographie ci-dessous : la rue, les personnes, leur attitude…
- Que représente la ligne de démarcation aux yeux des français?
- En août 1940, le journaliste américain Varian Fry qui était membre du Comité américain de Secours,
débarqua à Marseille dans le but de sauver des juifs en les aidant à fuir l’Europe et le régime de
Vichy. Parmi eux, un grand nombre d’artistes et d’intellectuels qui purent gagner les Etats-Unis :
Hannah Arendt, André Breton, Marc Chagall, Max Ernst, Lion Feuchtwanger, Arthur Koestler…
Cet organisme s’était donné comme tâche à l’origine, le sauvetage des intellectuels, de premier plan,
chassés de leur pays, en favorisant leur libération des camps, leur sortie de France, leur entrée en
Amérique en leur venant en aide pécuniairement. En réalité, le Comité a rapidement élargi son action.
Fry est arrivé à Marseille en août avec 3 000 dollars, une petite valise et une liste de quelque deux
cents écrivains et artistes en danger. Presque immédiatement il s'est trouvé confronté à un énorme drame
humain et ce qui devait être une mission de reconnaissance de trois semaines se transforma en une
aventure éprouvante de treize mois. La queue de réfugiés devant sa chambre d’hôtel étant si longue,
Varian Fry loua un bureau et réuni un groupe d'associés - des expatriés américains, des ressortissants
français et des réfugiés - pour l'aider dans le processus de classification. Il a commencé à
interviewer entre 60-70 personnes chaque jour.
Des années plus tard, Fry a décrit les difficultés lors des interviews des réfugiés : « Nous n'avions
aucun moyen de savoir qui était réellement en danger et qui ne l'était pas. Nous avons dû le deviner,
et le seul moyen était d’aider tous les réfugiés de peur que plus tard nous apprenions qu’une personne
qui était réellement en danger avait été déportée à Dachau ou Buchenwald car nous avions refusé de
l’aider. »
A plusieurs reprises, Varian Fry essaya de prendre contact avec le secrétaire d’état américain, Cordell
Hull, mais ses télégrammes sont restés sans réponse.
Ses activités s’élargissant, il était très difficile de les garder secrètes. La police française a
décidé de prendre des mesures fermes contre lui. Dans un premier temps, la police française
perquisitionné son bureau, plus tard il fut arrêté à Marseille. Mais rien ne l'a dissuadé, il est resté
en France, bien que son passeport soit expiré, et a poursuivi ses activités de sauvetage. Il a
finalement été arrêté par la police française en août 1941, accompagné à la frontière espagnole.
Son expulsion a été ordonnée par le ministère de l'Intérieur français en accord avec l'ambassade
américaine. Le Comité américain de Secours fut interdit d’activités en juin 1942.
En 1994, Varian Fry a été reconnu Justes des nations par Yad Vashem.
Parcours de fuite emprunté par les refugiés vers
les Pyrénées
- Qu'est-ce qui a poussé Varian Fry à mettre sa vie en danger pour essayer de sauver des
gens qu'il ne connaissait pas?
- A quels dangers Varian Fry s’exposait-il en aidant les juifs ?
- Durant l’occupation nazie en France, Il y a eu de nombreuses tentatives de sauvetage, d’expressions
de solidarité ainsi que d’indifférence, de nombreux cas de dénonciation et de collaboration.
Quelle est la signification d’une telle dualité dans la société française ?
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A l’été 1940, résident en France environ 350.000 Juifs. La majorité d’entre eux sont des Juifs
immigrés de première ou de deuxième génération. Communauté relativement assimilée, les Juifs
de France ont en commun une fidélité à la République et une confiance dans les institutions de
l’Etat, ce qui ne leur permettra pas toujours de comprendre les menaces qui pèsent sur eux.
En effet, c’est la France de Vichy, qui va mettre en place les premières mesures bafouant
l’intégrité des droits des juifs français. La législation discriminatoire à l’égard des juifs
est issue d’une inspiration autonome du gouvernement de Vichy.
Le 27 septembre 1940 est mise en place l’ordonnance allemande promulguant toute une série de mesures
contre les juifs de la zone occupée. Cette ordonnance interdit aux juifs passés en zone libre, lors
de l’exode suite à la débâcle des armées françaises, de revenir en zone Nord, autrement dit en zone
occupée. Elle impose également, en opposition avec toutes les traditions françaises, aux juifs étant
encore en zone occupée de se faire recenser et elle oblige tout fonds de commerce, dont le propriétaire
ou le détenteur est juif, à porter une affiche rédigée en allemand et en français, le désignant comme
entreprise juive.
La mesure la plus évocatrice quant à la position du gouvernement de Vichy vis-à-vis des juifs est la loi
sur le «Statut des Juifs » du 3 octobre 1940. Cette loi compte 10 articles, mais elle s'articule
autour de deux thèmes essentiels: Le premier est la définition du juif selon des critères
raciaux[2] et le
second limite les droits des Juifs français et les exclut d’un certain nombre de professions, notamment
l’enseignement, mais pas seulement : les juifs se voient interdire l’accès aux fonctions publiques,
aux professions du journalisme, du cinéma, du théâtre, de la radio….
Mais c’est surtout le décret du 4 octobre 1940 qui marque un tournant décisif. Celui-ci permet à
l’administration française d’interner dans des camps de concentration « les étrangers de race juive »,
soit de les contraindre à résidence forcée. Des milliers de juifs, sont internés par les Français au
camp de Gurs avec leurs enfants. Vichy mène ainsi, parallèlement, une double politique, l’une vis–à-vis
des Juifs français et l'autre vis-à-vis des Juifs étrangers.
Un second statut des Juifs est publié le 2 juin 1941, il élargit la liste des interdictions
professionnelles, fixe un numerus clausus pour enseigner à l'Université (3 %) et pour les professions
libérales (2 %). Ce second statut s’accompagne d’un recensement obligatoire, qui vient compléter celui
que les autorités allemandes avaient effectué en Zone occupée dès l’automne 1940.
Un Commissariat général aux questions juives (C.G.Q.J) est créé en mars 1941, il a pour mission de
contrôler les différentes opérations afférentes à la question juive. A sa tête est nommé, toujours
sans aucune intervention des autorités occupantes, un antisémite chevronné, connu de longue date, mais
en même temps un homme profondément nationaliste et anti- allemand: Xavier Vallat. Sa politique
antisémite repose en fait sur la volonté d’éliminer « l’influence juive » tout particulièrement dans
les professions intellectuelles et économiques.
Des mesures d’ « aryanisation » de l’économie sont prises, tant par Vichy que par les Allemands. Une
autre mesure consiste au recensement détaillé de tous les juifs de la zone non occupée. Le recensement
des juifs de la zone occupée avait été exigé, en septembre 1940, par les Allemands et la police
française avait établi avec exactitude et efficacité un fichier complet des juifs de Paris. De surcroît
en zone non occupée, cette mesure représentait une menace inattendue et pour la moins inquiétante. Il
s’agissait également de faire un inventaire des biens et des revenus.
Cette politique anti-juive déstabilise avant tous les Juifs français, qui jouissaient depuis 150 ans
d’une égalité de droit et de fait. Mais d’autres décisions sont prises, qui visent, elles, de manière
spécifique, les Juifs étrangers. Début 1941, près de 40.000 personnes juives sont internées dans
plusieurs dizaines de camps, dont les plus connus, situés en zone sud, se nomment Gurs et Rivesaltes.
Les conditions de vie y sont extrêmement difficiles, et la mortalité y atteint rapidement de sinistres
records. . C’est seulement en 1941 que ces internements sont étendus à la Zone nord, cette fois-ci en
collaboration directe avec les Allemands, même si les arrestations elles-mêmes sont effectuées par la
police française, pour rassurer la population. Il s’agit des camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers.
En août de cette année le camp de Drancy ouvre ses portes, et jusqu’en été 1944 plus de 70 000 internés
y sont internés. L’année 1941 est aussi synonyme d’une accentuation de la politique antisémite de Vichy.
Cette année est marquée, en zone occupée, là où se trouve l’immense majorité des Juifs de zone Nord,
par trois rafles. De décembre 1941 à juillet 1942, les rafles sont ininterrompues.
Le mythe de la France protectrice et émancipatrice est si bien ancré que la population juive est
persuadée que le gouvernement français est contraint de prendre ces mesures anti-juives sous la pression
nazie. C’est également un profond désarroi qui règne. Les Juifs français doivent s’habituer à leur
nouvelle condition de paria, tandis que les Juifs étrangers se sentent menacés et impuissants. Mais ni
les uns, ni les autres ne s’imaginent être placés face à un danger existentiel. Les Juifs se sentent
également très isolés. La plus grande partie de la population française est indifférente, préoccupée par
ses propres problèmes, et les initiatives de solidarité restent encore très rares jusque l’été 1942.
Activités et Questions :
- D’après le document sur le statut des juifs daté du 3 octobre 1940, essayez de définir quels sont
les principes du gouvernement Vichy par rapport à la politique de discrimination.
- Cherchez d’autres lois anti-juives qui ont été établis par le gouvernement Vichy et qui prouvent la
continuité de sa politique et la collaboration avec le régime nazi.
- Comment pensez-vous que les juifs auraient du réagir en France face à cette nouvelle situation?
- Quels sont les facteurs qui ont rendu difficile le départ des juifs durant la première année de la
guerre ?
- « Chaque jour les mesures discriminantes s'alourdissent : interdiction d'exercer une profession en
rapport avec le public (avocats, médecins, enseignants). Nous assistons, dans notre ancienne école,
quelques mois plutôt, au départ de notre chère directrice, sommée de quitter l'école où elle habitait.
Elle attendait un bébé et pleurait. Nous n'avons plus le droit d'aller au cinéma, dans les parcs (mon
cher Sacré-Cœur), dans les musées, tous les lieux publics nous sont interdits, même les bains-douches
municipaux. Au Casino de Paris est apposée l'affiche INTERDIT AUX CHIENS ET AUX JUIFS. Seules quelques
heures sont autorisées pour aller faire nos provisions, quand beaucoup de magasins sont fermés ou
qu'il n'y a plus rien. Les postes de TSF nous sont confisqués, nous ne pouvons plus sortir après
huit heures du soir. Mais le plus éprouvant est l'obligation de prendre le dernier wagon du métro
afin d'être séparés des autres voyageurs. Je n'ose même plus lever la tête. »
Claudine BURINOVICI-HERBOMEL, « Une enfance traquée » Éditions L'Improviste, 2001
- Relevez dans le témoignage ci-dessus des indications qui illustrent la discrimination envers
les juifs.
- Quel est le but de ses mesures discriminantes ?
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Comment les Français pensaient-ils qu’ils pouvaient influencer sur le sort de leurs voisins juifs ?
- Froïm et Malka Polak, juifs émigrés de Pologne habitaient Paris lorsque la guerre a éclaté.
Froïm a été arreté et interné dans le camp de Pithiviers le 14 mai 1941 lors de la rafle du « Billet
vert ». Quelques semaines après que son mari soit interné dans le camp, Malka Polak découvrit que
Froïm pourrait être libéré du camp s’il trouvait un travail chez un villageois des alentours.
Aussitôt, elle commença à chercher et rencontra un certain Henri Tessier. Henri Tessier habitait
dans l’arrière-pays de Pithiviers et était jardinier. Au départ, Henri a été réticent à aider les
Polak mais deux jours plus tard, il comprit que Malka ne trouvera pas de travail ailleurs pour
Froïm. Tessier lui-même se rendit à Pithiviers et proposera à Froïm de travailler dans sa ferme.
Froïm a été relâché. Deux semaines plus tard, un garde du camp est venu chercher Froïm. Conscient
que M. Polak risquait la déportation, Henri Tessier informa le garde que Froïm Polak était
retourné au camp deux jours auparavant. Après le départ de la police, il construit une cachette
particulièrement conçue avec une sortie à l’arrière du jardin et une fenêtre permettant de voir
si des gens s’approchaient de la maison. Froïm Polak y resta deux mois, jusqu’en mars 1942.Les
voisins commençaient à soupçonner qu’Henri Tessier de cacher un juif. C’est pour cette raison que
Froïm Polak partit, déguisé en malade dans une ambulance, chez le beau-frère de Tessier dans le
département de la Drôme. Quelques mois après les grandes rafles à Paris, Jeannine, la fille aînée
de Henri Tessier, partit, déguisée en infirmière, pour sauver les deux sœurs de Malka Polak.
Cinq autres membres de la famille Polak et deux petits enfants ont été escortés vers le sud de
la même manière et tous ont survécu à l'occupation.
Après la guerre M. Tessier a prêté de l’argent à la famille Polak afin de les aider pour leur nouvelle
installation.
En mai 1984, M. et Mme Tessier, ainsi que Jeannine Tessier, ont été nommé justes des nations.
- Après avoir lu l’histoire d’Henri Tessier et de Froïm Polak, comment définiriez vous la notion
de sauvetage ?
- A quel moment, le silence devient-il une forme active de collaboration ?
- Qu'est-ce qui empêche les gens d'aider d'autres personnes ?
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L’année 1942 ne s’annonce guère favorable pour les juifs se trouvant sur le sol français.
Mars 1942 ; le temps des déportations en masse est arrivé, les Nazis s’organisent pour appliquer la
Solution finale en Europe de l’ouest, et en particulier en France. Pierre Laval devient le Premier
ministre de Pétain, et sa ligne d’action est claire : Miser sur une politique de collaboration avec
l’Allemagne.
Dès le printemps 1942, les autorités allemandes obligent les juifs de zone occupée à porter l’étoile
jaune. Cette mesure est le prélude à la solution finale. L’étoile jaune devient un outil idéal pour
isoler facilement les juifs du reste de la population. Sont tenus de porter l’étoile jaune les juifs
français de la zone occupée, les juifs de nationalité étrangère dont les pays d’origine appliquent
les mesures identiques.
Les premiers convois de déportation à destination d’Auschwitz, vident les camps de la Zone occupée de
ceux qui avaient été arrêtés au cours de l’année 1941.Une rafle gigantesque, soigneusement préparée par
les forces de police allemande mais exécutée par la police française eut lieu les 16 et 17 juillet 1942
à Paris et dans sa banlieue. En effet, ce sont les policiers français qui, les 16 et 17 juillet 1942,
encadrent la rafle du Vel’d’Hiv, qui avait pour objectif de rafler essentiellement des juifs
étrangers et apatrides dans Paris. Au cours de cette rafle 12 884 hommes, femmes et enfants ont
été arrêtés et parqués au Vélodrome d’Hiver, grand stade couvert dans le XV ème arrondissement.
Ils seront envoyés plus tard dans les camps du Loiret, où rien n’a été prévu pour les accueillir,
et surtout pour prendre en charge de si jeunes enfants. Des enfants tombent malade, certains meurent.
Les mères, violemment séparées de leurs enfants, sont déportées fin juillet. Les petits restent seuls.
A la demande des autorités française, ils seront déportés à Auschwitz à la fin du mois d’août. Aucun
ne reviendra.
Deux points important sont à souligner : les nazis ne voulaient déporter, au moins dans un premier
temps, que les Juifs de plus de 16 ans. C’est Laval qui impose que les enfants soient déportés également.
Ensuite, pour éviter des problèmes, la police française a demandé à ce qu’il n’y ait pas de présence
allemande dans les rues au moment des arrestations.
Cet été 1942, les juifs, principalement ceux qui sont étrangers, sont plus que jamais traqués :
simultanément, d’autres rafles sont menées, un peu partout, non seulement en zone occupée mais aussi
en zone libre. C’est sous le contrôle de l’Etat français que sont réalisées en août 1942, un peu
partout en zone sud, des rafles. Malgré la position du gouvernement, le spectacle des arrestations
et des déportations, et notamment le sort des enfants, provoque un basculement dans la population
française, d’où le comportement de certaines personnalités en France à cette époque : des zones de
refuges se multiplient, notamment chez les protestants comme La Chambon-sur-Lignon.
Note pour l‘enseignant:
Les Français de l’automne 1940 se préoccupent peu de la persécution des juifs. La question de
l’exclusion des juifs n’est pas ressentie comme centrale par les non-juifs. Elle est mineure par
rapport au poids considérable de l’effondrement du pays, mineure par rapport aux inquiétudes sur
les prisonniers, mineure par rapport au poids du quotidien et des problèmes matériels, mineure par
rapport aux désarrois dus aux effets de l’exode et aux incertitudes quant à l’avenir.
Le mutisme de la population française, hormis quelques témoignages de solidarité, est attesté lors
des rafles de 1941 qui ne heurtent pas, outre mesure, les consciences. L’obligation du port de
l’étoile jaune suscite la première réaction visible de solidarité à l’égard des juifs en zone
occupée, surtout à Paris. En effet, jusqu’aux grandes persécutions du printemps 1942, le peuple
français dans son ensemble est terriblement passif.
L’année 1942 fait basculer l’opinion, en particulier après les rafles de l’été 1942. A partir de ce
moment là, on assiste à des réveils de conscience.
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Activités et questions :
- Témoignage d’un enfant dans un camp du Loiret au moment où les gendarmes français arrachaient les enfants de leurs mères qui étaient déporté vers Auschwitz.
" Celui d'une journée entière de coups, de violence extrême. Les gendarmes arrachaient leurs bijoux
aux femmes qui ne les avaient pas jetées dans les toilettes ou cousus dans les vêtements de leurs enfants.
Tout le monde s 'était rassemblé au milieu du camp. Les enfants s'accrochaient aux mères, les tiraient
par leurs robes. A coups de crosse, de matraque, de jet d'eau glacée on a voulu nous séparer. C'était
une bousculade sauvage, des cris, des pleurs, des hurlements de douleur.
Soudain, ce sera le silence, avec cette scène multipliée par des centaines " Michel et moi, nous
tenant par la main, sans bouger, des larmes séchant sur nos visages, nous regardons maman, immobile
au premier rang du groupe qui nous fait face. De loin, je vois son sourire, son regard tendre. Sa main
ébauche un salut. On emmène le groupe et nous restons seuls.
Annette Muller – « la petite fille du Vel d’hiv »
- Une photo du Vel d’hiv

- Fac-similé des 2 premières pages de la circulaire de la Préfecture de Police -gouvernement de
Vichy concernant la préparation de la rafle.

A travers les plusieurs types de documents exposés ci -dessus, essayez de définir quels sont les
principes du gouvernement Vichy par rapport à la politique de discrimination et de collaboration
avec les Nazis.
- En 1971, le Pasteur André Trocmé a reçu la médaille des justes des nations pour avoir sauvé des
juifs pendant la Shoah. Pendant la guerre le pasteur André Trocmé a caché ou fait cacher des centaines
de femmes, d’enfants et de famille dans le village de La Chambon-sur- Lignon. Le Pasteur Trocmé
encourageait spirituellement et moralement tous les habitants du Chambon afin d’accueillir et
dissimuler les Juifs persécutés. Sa femme, Magda, était très active durant les actions de sauvetages,
elle cherchait des familles d’accueil et préparait toutes les pensions de la ville pour accueillir les
nouveaux réfugiés.
Certains des juifs ont trouvé un abri permanent dans la région et d’autres ont trouvé une cachette
provisoire jusqu'à ce qu'ils soient capables de s'échapper vers la frontière suisse. L'ensemble de la
communauté s ‘est regroupé pour sauver les Juifs car pour eux c’était une obligation chrétienne.
Les autorités de Vichy soupçonnaient les villageois, il était après tout, impossible de cacher autant
de personnes à la fois. Les autorités ont exigé que le Pasteur cesse ses activités. Le Pasteur refusa
et continua d’essayer de sauver le plus possible de réfugiés.
Lorsqu'il fut arrêté par la Gestapo avec deux de ses collègues et internait à St Paul d’Eyjeaux près de
Limoges, en 1943, André Trocmé refusa de signer un papier d'allégeance à Pétain, alors qu'il était
pourtant menacé de demeurer en prison. N’étant pas en bonne santé après sa libération, le pasteur Trocmé
rejoignit la résistance. Le Pasteur André Trocmé n’était pas le seul de la famille à aider les juifs,
son neveu, Daniel Trocmé était le directeur de la maison de refuge « Les Grillons », établie dans le
village. En août 1943,il fut arrêté et interné à Compiègne, plus tard il sera déporté à Majdanek. Il
meurt en avril 1944 dans les chambres à gaz du camp. Il fut reconnu justes des nations par Yad Vashem
en 1976.
Selon une estimation, environ 5,000 Juifs sont passé par La Chambon sur Lignon et les villages des
alentours de 1941 jusqu'au jour de la libération.
- Comment la vie d'avant-guerre et l'environnement culturel du pasteur André Trocmé
influencent-elles ses démarches ?
- Est-ce que les actions du pasteur et des villageois étaient semblables à celles du reste de la
population française ?
- Qu’arrivent-ils aux personnes qui sauvent des juifs et qui se font arrêter par la Gestapo ou par
la police française ?
- Que pouvons-nous apprendre de l’histoire du pasteur André Trocmé sur le pouvoir du refus de
collaborer avec le mal ?
- Quelle obligation avons-nous face aux personnes dont nous ne partageons pas les convictions ?
- Quel est l’impact des préjugés sur notre capacité à réagir dans d’autres situations ?
- Quel genre de leadership est-il nécessaire pour encourager le dynamisme d’une résistance collective,
comme au Chambon sur Lignon durant la Shoah?
- Pourquoi l’existence d’un leadership religieux ou public est-il primordial en temps de crise national ?
- Marie- Rose Gineste, assistante sociale religieuse, a rejoint la résistance en 1942 à l'âge de 31
ans. Sa maison, qui était seulement à une centaine de mètre d'un bâtiment de la Gestapo, est devenue un
centre pour des juifs réfugiés et l'activité clandestine. Quand l'Évêque
Théas[4] a informé Gineste de ses
intentions d’envoyer une lettre de protestation dénonçant les arrestations d’hommes et de femmes
innocents, elle suggéra à l'évêque qu'il n'était pas recommandé d'envoyer la lettre par la poste, car
les autorités de Vichy la censureraient sûrement. Elle conseilla de la diffuser par son intermédiaire
aux évêques de la région. Gineste proposa ce qui est devenu sa mission la plus célèbre - une promenade
à bicyclette à travers les villes périphériques du secteur de Montauban pour distribuer la lettre de
Monseigneur Théas. Après cela, Monseigneur Théas lui a demandé d'être responsable de cacher les juifs
dans la région. Gineste continua son travail comme auparavant et prit des dispositions pour que les
Juifs soient cachés dans des couvents près de Montauban. Elle fournit des certificats de baptême,
de l'argent, de la nourriture et des cartes de rationnement. Les nombreuses activités clandestines
de Marie-Rose l’ont à plusieurs reprises mises en danger et ont retenu l’attention de la police
municipale. Elle fut arrêtée plusieurs fois et interrogée sur ses activités, elle garda son
sang-froid, persuada les interrogateurs de son innocence, et fut libérée faute de preuves.
- Quels actes de Maire-Rose Gineste peuvent être considérés comme remarquables et comment
ceux-ci l’ont-ils mise en danger ?
- Quels sont les dilemmes avec lesquels Marie-Rose Gineste a du se confronter ?
- A quel moment de la guerre, les responsables de l’église en France ont-ils décidé de prendre la
parole au sujet des juifs ?
- Qu’est ce qui a déclenché la protestation de l’église en France ?
- Quel a été le point culminant de l’opposition de l’église ?
- Qu'est-ce que les activités d'organismes tels l’église démontrent-elles?
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Note pour l’enseignant :
Il faudrait rappeler aux élèves que ce n’est pas l’Eglise en tant qu’institution mais une partie de
ses membres qui se sont mobilisés. L’attitude officielle de l’église catholique consiste à rester
loyale à l’État français, au gouvernement de Vichy.
Cependant au moment des grandes rafles de l’été 1942, 5 évêques ( 5 seulement sur près de 90 ) ont
pris l’initiative de protester publiquement, dont Mgr SALIÈGE à Toulouse. Dans les diocèses, dont
les évêques continuaient de manifester leur attachement au régime de Vichy, des ecclésiastiques ont
néanmoins à titre individuel, avec ou sans l'accord de leur hiérarchie, aidé des juifs à échapper à
la répression.
Quant aux églises protestantes de France, elles marquent très vite leur solidarité envers les Juifs.
Ainsi le Pasteur Boegner, chef de l’Eglise protestante, vient en personne à Vichy en août 1942 pour
protester auprès de Pétain contre les arrestations de Juifs.
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Si l’année 1942 fut dramatique pour le destin des juifs en France, les arrestations et les déportations
continuèrent en 1943 et en 1944, d’autant plus que les Allemands contrôlaient, depuis le 11 novembre
1942, la totalité du territoire français, à l’exception de la zone d’occupation italienne. Après
l’occupation allemande de la zone sud, la zone italienne s’étendait jusqu’au Vaucluse. Cette zone fut
un abri pour les juifs jusqu’au 8 septembre 1943, le jour où les Italiens signèrent un Armistice avec
les alliés et les Allemands envahirent aussi cette zone. La chasse aux juifs se traduisit par les
rafles de Marseille, Lyon, Nîmes, Avignon, Nice et Bordeaux de janvier 1943 jusqu’en janvier 1944.
Les nazis et leurs complices n’arrivent pas à atteindre leur but qui est la déportation en grand nombre
des juifs en France. La pression de l’opinion publique joue un rôle important. A cause d’elle, Vichy se
montre moins prompt à collaborer que l’année précédente ou du moins cherche-t-on à le faire moins
ostensiblement. Bien sûr, dans leur grande majorité les Français restent passifs et parfois
indifférents. Mais de plus en plus souvent cette passivité prend des allures de soutien tacite.
Ainsi, nombre de Juifs réfugiés dans des villages sous des faux noms auront la vie sauve grâce au
silence complice des habitants du lieu.
C’est dans une telle atmosphère politique de persécutions et d’injustice que certains vont contester et
refuser de rester passifs. Ils vont donc tendre la main aux juifs en détresse.
Le dernier convoi de déportation quitte la gare de Drancy le Bourget le 31 juillet 1944 à destination
d’Auschwitz. De mars 1942 à août 1944, il y eu 76 convois de déportation qui partirent de France vers
les camps d’extermination nazis. La libération de la France a lieu au cours de l’été 1944, et le constat
est tragique : environ 76000 Juifs ont été déportés en l’espace de 27 mois. Seuls 2500 sont revenus.
La tragédie qui s’élève de ces chiffres ne doit pas faire oublier cependant que dans une certaine mesure,
le sort des Juifs en France a été moins dramatique que ceux de nombre d’autres pays européens. Si environ
25 % des Juifs en France ont été victimes de la solution finale, cette proportion s’élève à plus de
90 % pour la Pologne ou même à 75 % pour les Pays-bas.
Comment expliquer ces différences ? Si les conditions particulières, notamment géographiques, de
l’Hexagone sont un des éléments d’explication, il semble que deux raisons essentielles peuvent être
retenir :
- L’attitude du gouvernement français, souvent ambiguë par rapport aux projets nazis, a joué un certain
rôle. D’une part Vichy a été très sensible aux pressions de l’opinion publique, dès la fin de l’été 1942.
D’autre part, en distinguant dès le départ entre Juifs français et Juifs étrangers, Vichy a ainsi
apporté, au moins jusque l’été 1943, une certaine protection à ceux qui étaient et demeuraient
citoyens.
- La solidarité avec les Juifs manifestées par de nombreux français à partir des déportations de
l’été 1942 a joué un rôle essentiel, est c’est un des buts de ce programme que de le souligner.
Exemples de justes des nations qui ont agi durant cette période :
- Albert et Lucie Pradier- en juin 1943, Julie Sidès fuit de Marseille avec ses deux
garçons et son bébé Nicole. Quelques mois auparavant, le père de Nicole avait été déporté vers les camps
de concentration à l’Est. Quand Julie découvrit que la Gestapo de Marseille les recherchait, elle
réalisa qu’elle était obligée de trouver un refuge pour elle et ses enfants. Connaissant des gens à
St.-Agrève en Ardèche, elle y vint pour cacher sa fille, Nicole. Elle la laissa chez les Pradier et
cacha ses deux garçons dans un orphelinat et elle-même se cacha à Lichessol, avec sa mère, non loin
de St.-Agrève. Les Pradier se sont comportés envers Nicole comme si elle était leur propre fille.
Malgré le danger d’être dénoncé, car le bureau principal de la Gestapo avait été établie au village,
les Pradier ont accepté de sauver Nicole durant la dernière année de l’occupation, qui fut la plus
dure. Nicole resta chez les Pradier même quand la guerre fut finie. Elle ne rejoignit ses proches à
Marseille qu’en 1948, lors de ses 6 ans. Nicole témoigna après la guerre et se souvient de son enfance
heureuse chez les Pradier. Elle resta en contact avec eux après la guerre.
- Vidal Simone : En 1943, Simone s’occupait de la petite Claudette Heschman, âgée
de 4 ans, à Nice. Le 4 octobre, lorsque Simone arriva comme d’habitude chez les Herschman, elle trouva
la mère de Simone en détresse. Son mari, Léopold, venait d’être arrêté par la Gestapo, qui comptait
revenir chercher Claudette et sa mère le lendemain. Simone, qui n’avait que 22 ans, proposa de les
emmener chez elle, mais la mère qui avait peur des représailles contre son mari, décida de rester
et d’envoyer Claudette avec Simone. Le jour même la Gestapo vint l’arrêter. Entre temps, Claudette
habitait chez les parents de Simone. Avec l’aide d’Amedei Entimio, un ami de la famille Herschman,
Simone trouva une famille d’accueil pour la petite Claudette en Savoie. Parallèlement, Simone prit
contact avec le frère de Léopold, qui avait réussi à s’enfuir en Suisse avec sa famille. Elle lui
écrivit une lettre, lui expliquant la situation. Cette lettre était codée!
A la fin de la guerre, les parents, qui avaient été déportés, ne sont pas revenus. Claudette fut adoptée
par son oncle.
- Bersano Joséphine et Suzanne : Joséphine était la propriétaire de la pension
Sans- Souci, dans une station thermale de haut standing, à Uriage, en Isère. De novembre 1942 jusqu’en
septembre 1943, de nombreux juifs ont fui vers cette région de la France et ont trouvé refuge à Sans
Souci. Une des familles qui y arriva, était la famille Gryka. Pour obéir aux lois, Joséphine Bersano
inscrivait les réfugiés dans le Livret des Logeurs, que la police locale inspectait tous les mois.
Le dimanche 6 février 1944, l’armée allemande fit irruption à Uriage. Les Bersano qui s’apprêtaient
à aller à la messe, rencontrèrent sur le chemin un groupe de prisonniers italiens qui les
informèrent que les Allemands regroupaient tous les juifs du secteur. Prétendant avoir oublié
quelque chose à la pension, Joséphine et Suzanne rentrèrent pour prévenir les juifs et essayèrent
de les cacher, la cave de l’immeuble. Quand les nazis vinrent, ils ne trouvèrent aucun juif, sauf
Mme Gryka qui fut arrêtée avant qu’elle ne puisse descendre les escaliers menant à la cave. Elle
fut déportée. Le lendemain, Joséphine et Suzanne trouvèrent d’autres abris dans les villages et
les montagnes des alentours pour cacher leurs pensionnaires juifs. Durant la rafle du 6 février,
83 juifs furent déportés d’Uriage.
Points de réflexion
- Quelle responsabilité avons-nous vis à vis de personnes qui sont en danger ?
- Une personne est-elle moins digne de protection si lui ou elle n’est pas de la même foi que moi ?
- Peut-on sacrifier des vies humaines au nom du nationalisme ou de l’appartenance ethnique ?
- Qu'est-ce qui fait la différence entre les personnes qui ont choisi de devenir sauveteurs au cours de
la Shoah et ceux qui ont choisi de devenir des complices ou des bystanders?
- Quel est la différence entre la neutralité et l’indifférence ?
- Existe-t-il une différence entre la responsabilité morale, spirituelle, humaine et militaire ?
- Face au mal absolu, dans quelle mesure pensez-vous que la neutralité est-elle possible?
- Pensez-vous qu'il est possible ou souhaitable pour les chefs religieux de prédire et d'intervenir
dans le processus et l'issue des événements politiques?
- Que nous suggère la Shoah au sujet de notre nature en tant qu’être moral?
- Quel type d'éducation avons-nous besoin d'encourager pour permettre aux gens de développer une
personnalité altruiste?
- Quelle perspicacité pouvons-nous tirer de l'histoire de la Shoah pour nos responsabilités
aujourd'hui ?
- Pourquoi de nombreux Européens réagissent-ils indifféremment au sort critique de leurs voisins
juifs?
Conclusion
Après le début de l'occupation, en mai 1940, la population française est restée passive vis à vis de
l’occupant et même indifférente sur le sort des Juifs. Toutefois, lorsque les arrestations et les
déportations en masse ont commencé, en été 1942,beaucoup en France ont révélé une volonté d'aider de
nombreux Juifs. Ce sont entre autres les scènes d ‘arrestations et de déportations, et notamment le
sort des enfants arrachés des mains de leur mère qui provoque un basculement dans l’opinion publique
en France.
Ces changements dans l’attitude de la population française vont avoir des conséquences importantes
pour la résistance et le sauvetage.
Aux heures sombres de la Shoah, des hommes et des femmes, catholiques, protestants, musulmans ou athées,
ont caché, nourri et convoyé des juifs au péril de leur vie. C’était contrevenir à la politique de Vichy
et à la politique allemande.
En venant en aide à des juifs, les Justes parmi les Nations se mettaient hors-la-loi et encourraient
les mêmes risques que ces derniers.
Pourtant les actes de nombreux hommes et femmes, qui mériteraient le titre de Justes parmi les Nations,
sont demeurés sous silence, tout comme leurs actes. Des inconnus oubliés ont spontanément secouru de
nombreuses familles juives en errance pendant ces années de guerre. Ces inconnus qui ont accueilli des
juifs n’ont rien exigé à l’époque et n’en demandent pas plus aujourd’hui. C’est avec naturel et simplicité
qu’ils sont allés au devant des juifs, et c’est avec discrétion et modestie qu’ils continuent leur vie.
Un des buts essentiel de cette partie de la leçon est de créer un débat dans la classe autour du sujet de
sauvetage des juifs en France pendant la guerre, cela pour permettre aux élèves de s’exprimer.
Synthèse:
- Essayez de définir, les événements marquants qui ont pu déclencher chez les Français l’envie de
sauver des juifs.
- Essayez de les distinguer par période historique.
- Rédigez une synthèse d’une page qui explique le devoir de l’homme envers son prochain.
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Notes pour l’enseignant :
Il est difficile de saisir, avec exactitude, les motivations et les convictions, si celles-ci existent
réellement, qui ont suscité le secours apporté aux juifs et celles-ci peuvent être aussi nombreuses
que variées.
- Une des multiples motivations qui ont conduit les Justes parmi les Nations à porter secours à des
juifs sont profondément humaines et personnelles. Défendre des valeurs humaines
- Agir en accord avec sa religion, lorsqu’ils avaient reçu une éducation religieuse.
- Le refus de l’injustice
- Fidélité envers les connaissances et les amitiés juives.
- Faire entorse aux consignes des occupants.
- Contester l’autorité établie du gouvernement de Vichy.
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Matériels suggérés
Films suggérés-
- Au revoir les enfants, France, 1987
- Monsieur Batignole, France, 2003
- La Colline aux mille enfants, téléfilm français diffusé en 1994.
- Le vieil homme et l’enfant, France, 1966
Livres suggérés-
- Dictionnaires des Justes de France, Lucien Lazare, Éd. Fayard, 2003.
- Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et français sous l’occupation et sous Vichy, Paris,
Cerf éditions, 1993.
- Martin Gilbert, Les Justes, Les Héros méconnus de la Shoah, Calmann-Lévy, 2004.
- Lucien Lazare, Le Livre des Justes. Le sauvetage des Juifs par des non juifs en France 1940-1944,
Paris, Jean-Claude Lattès, 1993.
- Poznanski Renée, Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, coll. Pluriel Histoire,
Hachette Littératures, 1997.
- Claude Singer, Le juif Süss et la propagande nazie- l’histoire confisquée, Les Belles Lettres, 2003.
- Limore Yagil, Chrétiens et juifs sous Vichy (1940-1944). Sauvetage et désobéissance civile
Cerf-Histoire 2005.
[1] La France est divisée en deux zones principales jusqu’en
novembre 1942, au moment où, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, elle est
complètement occupée.
[2] "Toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de
deux grands-parents de la même race si son conjoint lui-même est juif".
[3] Le 13 mai 1941, Mordka Rotgold reçoit une « invitation » de la
Préfecture de police de Paris )le fameux billet vert(. Il doit se rendre le lendemain au commissariat du
quartier. « L’invitation » stipule qu’il s’agit d’un « examen de situation ». Mordka Rotgold sera déporté
à Auschwitz le 28 juin 1942.
[4] Monsignor Pierre Marie Théas, l'Évêque de Montauban, a écrit une
lettre aux prêtres dans son diocèse à lire à leurs paroissiens pendant la messe du dimanche 30 août 1942.
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